Extrémisme, sens et pertinence…

Les faits sont têtus et les idées avec de la suite dedans… Fin 2017, je commençais un billet déjà intitulé « D’un extrémisme à l’autre… », resté dans les limbes faute d’inspiration mais l’idée générale était bien présente. Début Mars dernier, un autre billet en préparation, resté à l’état de brouillon, avait pour titre « Perte de sens… ». Il y a une semaine, Dan, KB6NU, reprenait une vidéo de la convention RSGB 2019 pour écrire un billet titré « Un retour à la pertinence pour les radioamateurs ? ». Encore plus près de nous, sur Twitter cette fois, et dans la même semaine, plusieurs échanges me font croire qu’il est temps d’écrire ce billet.
 
En préambule, et afin que cela soit clair, ce que j’écris ici n’est pas fait pour imposer un point de vue mais uniquement pour l’exposer au lecteur. Si le fond amène à discussion ou débat d’idées, les commentaires sont là pour ça. Et l‘échange peut amener à une remise en question. Chacun fait ce qu’il lui plait de sa vie, de ses activités. Chacun est seul juge de la cohérence de sa démarche. Et quand celle-ci s’inscrit dans un groupe ou qu’elle devient connue par exposition publique, elle est à même d’être discutée et/ou critiquée. Rien ad personam, tout dans les idées !

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À force que chacun s’arroge le droit de définir ce qu’est le radio-amateurisme, ce que doit ou devrait être un radioamateur, voir un ‘vrai’ radioamateur, on finit par ne plus croire personne. On rejette l’eau du bain et son bébé, on se referme sur sa propre idée de l’histoire, mettant fin à toute discussion, débat ou échange d’idées contradictoires.
 
Et quand on est perdu et qu’on ne sait plus qui est qui, le mieux est de se retourner vers la définition officielle et internationale du service amateur et amateur par satellite. J’y tiens tellement, qu’elle figure en bonne place dans le menu ‘À propos’ de ce blog. Et pour vous éviter le torticolis, je vous la redonne ici :
 
1.56 service d’amateur : Service de radiocommunication ayant pour objet l’instruction individuelle, l’intercommunication et les études techniques, effectué par des amateurs, c’est-à-dire par des personnes dûment autorisées, s’intéressant à la technique de la radioélectricité à titre uniquement personnel et sans intérêt pécuniaire.
 
Sans vouloir disséquer le texte et couper en quatre les cheveux des diptères, on voit bien se dégager l’idée générale : ça parle de radiocommunications dans un but d’instruction individuelle, d’études techniques et d’intercommunication. Nous avons donc tout ce qu’il faut pour encadrer une activité qui se joue sur un terrain de jeu international.
 
Ensuite, il y a l’histoire… La résultante aujourd’hui, c’est ce qu’en ont fait les différentes générations de radioamateurs guidées et menées par les associations les regroupant. Et c’est dans ces transformations qu’il y a différents points de vue, dissensions et autres différences d’appréciations pour rester poli. Et pour éviter le phénomène moralisateur, nous avons tous, individuellement, une responsabilité sur ce qu’est et deviendra notre activité.
 
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D’un extrémisme à l’autre…
 
Pendant longtemps, le seul cursus possible et imaginable pour devenir radioamateur était celui imposé par la vision et l’expérience des ‘anciens’ : écoute comme SWL, parrainage/mentoring par des OM expérimentés, apprentissage pour la licence, etc. Puis il fallait passer la CW, c’était important. Et il fallait écouter les anciens. Qui devenaient de plus en plus anciens… L’arrivée des télécommunications planétaires, d’Internet et surtout des sites web a fait voler tout ce principe en éclat. Pensez donc, on peut depuis lors préparer, passer et réussir son examen, sans jamais avoir croisé un seul radioamateur ! Et à force, les anciens sont devenus des ayatollahs, des extrémistes, des personnes qui ne comprennent pas que le monde a évolué et que ‘c’est plus comme avant’ ! Pour les ’nouveaux’, les anciens radotent, essaient d’imposer leur vue archaïque de la radio qui ne passe que par la construction personnelle, la CW et le QRP en apprenant toujours et encore mais avec des livres et pas autre chose. Forcément, de ces anciens sont issus d’autres plus jeunes qui suivent les principes et tentent de les faire évoluer à mesure qu’eux aussi vieillissent.
 
Depuis le milieu des années 2000 arrivent doucement, mais sûrement, des personnes plus jeunes (heureusement) et qui sont majoritairement des informaticiens, de métier ou de passion. Qu’ils se nomment hackers, makers, doityouselfers, un jour ou l’autre, et dépendant de leur exposition au sujet, ils en viennent à la radio. Et à force d’avancer, ils évoluent et prennent des positions dans un sens ou l’autre. Puis certains, comme les anciens ci-dessus, s’érigent en donneur de leçon en fustigeant les ‘contesteurs’, les collectionneurs de DXCC et autres acheteurs de matériels majoritairement nippons, bardés de boutons et techniquement dépassés (ben oui, c’est pas de vrais SDR !). Et ces nouveaux prêcheurs entrainent avec eux une suite de penseurs plus ou moins sensés, certains capables de discussions et débats. D’autres n’ont que le block Twitter pour seul argument en retour.
 
Nous voilà donc avec une ’nouvelle’ génération sensée apporter du sang neuf, de nouvelles idées, orientations, échanges, partages, mais qui se retrouve dans la même situation que les ‘anciens’ ci-dessus et leurs suivants, à fustiger tout ce qui n’est pas de leurs principes ! Le mantra est d’un tel niveau qu’à peine une remarque faite au détour d’un tweet, la sentence tombe : « joueur de Pokémon »  ; « […] collectionneur frénétique de contacts… » , « […] ceux qui attendent un besoin de validation de l’égo au travers de leur mode favori » (j’avoue avoir du mal à comprendre cette dernière mais elle doit être trop puissante pour mon intellect de télégraphiste réactionnaire). On aurait dit que le ciel de l’UIT m’était tombé sur la tête ! (private joke).
 
État des lieux ? Nous sommes passés d’un ‘ayatollisme’ de ‘vieux cons’ anciennes générations, baby boomers réac et ne jurant que par de vieilles recettes éculées, à de ‘jeunes cons’ nouvelle génération qui donnent des leçons de maintien à ceux en place avec les mêmes recettes qui seront tout aussi éculées quand ils en viendront à tenter d’accueillir des nouveaux dans le microcosme ! L’histoire n’étant qu’un éternel recommencement…
 
Quand la critique est constructive, elle permet peu à peu des prises de conscience et de potentielles remises en question. Quand elle est violemment gratuite, surtout sans expérience de la chose critiquée, elle perd de son efficacité et montre une facette peu réjouissante des interlocuteurs. Et pourtant, nous sommes dans bien des cas d’accord sur le fond des sujets.
 
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Quête de sens…
 
J’aimerais aussi revenir sur le FT8. Ce mode vénéré par certains — il leur permet de faire des contacts qu’eux-mêmes n’arrivent pas à faire faute de… propagation apparemment — et détesté par d’autres, donne lieu, toujours sur Twitter, à des échanges sympathiques. Le FT8 n’est que l’aboutissement de modes numériques d’abord créés pour traiter des contacts dans des situations difficiles, où le matériel mis en oeuvre est important, Meteor Scatter et EME utilisant le FSK441 et le JT65 du même auteur, Joe Taylor, K1JT comme expliqué ici.
Si l’intention était bonne et sensée en VHF/UHF — mettre à disposition une technologie numérique permettant des contacts radio avec un équipement moins exigeant que les contacts en phonie/télégraphie ne le demandent (puissance, groupement d’antennes) —, avait-on réellement besoin de ça en HF ? Déjà, en EME, plusieurs OM s’étaient insurgés contre, non pas le mode lui-même, mais la propension des radioamateurs à adopter exclusivement ces modes dans ce type de trafic.
 
En HF, que l’on utilise de tels modes pour étudier la propagation (WSPR, FT8, …), pour tester des circuits de propagation ou des phénomènes particuliers, il ne fait aucun doute que ce soit un nouvel avantage. En VHF aussi, quand on se réfère aux différentes premières en contacts transatlantiques comme évoqué ici. De plus, certains de ces contacts ont aussi été confirmés en télégraphie, ce qui demande dans ce cas, un travail d’opérateur.
 
Mais ce qui se passe aujourd’hui en HF, mais aussi en VHF 6 et 2 mètres, est simplement surréaliste ! 
 
Quel sens peut-on donc donner à ce changement ? Que des personnes prennent plaisir à ce genre de ‘contact’ ? Bien, admettons. Mais il faut tout de même une sacré dose d’imagination pour transformer en plaisir un contact entre deux ordinateurs avec un logiciel créé par d’autres qu’on aura, dans maintes cas prouvés par les questions dans les forum, pas paramétré tout seul, reliant un matériel commercial avec une interface qui l’est tout autant ? Il faut bien avouer que dans ce cas précis, je rejoins volontiers nos ‘jeunes cons’ du chapitre précédent. Collectionneur névrotique me plait bien dans ce cas !
 
Pour paraphraser Coluche : «  Et dire qu’il suffirait que le FT8 ne compte pas pour le DXCC pour que ça s’arrête ! »
 
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Un retour à la pertinence ?
 
Comme je l’indiquais en introduction, Dan KB6NU, a repris une vidéo tournée lors de la conférence de la RSGB en 2019, vidéo postée seulement fin avril dernier. C’est une présentation réalisée par Kamal Singh M0IOV qui a pour titre « The future and growth of amateur radio » — L’avenir et le développement du radio-amateurisme — et qui montre la pertinence et la visibilité qu’a pu avoir le radio-amateurisme par le passé. Cette pertinence et cette visibilité qui font défaut aujourd’hui, Kamal l’attribue, non pas à Internet comme beaucoup ont pu le faire ces 20/25 derrières années, mais à la ‘quatrième révolution industrielle’, révolution qui sera plus connectée que jamais, et ces connexions le seront essentiellement par radio ! Pour Kamal, la pertinence est notre talon d’Achille, et il propose quelques pistes intéressantes que nous devons arpenter pour gagner de nouveau en pertinence et en visibilité. À lire et écouter ici.
 
 
Conclusion en forme de tringle
 
Comme le disait mon arrière-grand-mère : « Dans la vie, de tout, il faut un peu. ». Aussi bien un peu de critique constructive, qu’un peu de DXCC, qu’une pointe de concours, d’un peu de constructions et bidouilles, d’un peu de trafic, d’un peu de CW, d’un peu de phonie, d’un peu de numérique, d’un peu… de tout. Oui, de la modération. Un conseil donné par quelqu’un d’extrémiste qui tente de se soigner par la discussion, le débat et… l’humour. Ne vous gênez donc pas pour donner votre avis en commentaire. Ah et aussi, je n’aime pas la condescendance de certains sur Twitter…
 
Et pour conclure mes paraphrases : « Le temps ne fait rien à l’affaire […] » 
 
 
 
Illustration Pixabay
 

4 commentaires à propos de “Extrémisme, sens et pertinence…”

  1. Bonjour, déconstruisons ce DXCC, il ne doit pas être une finalité ultime, ce n’est qu’un jeu, et de surcroit un jeu US ! 73 Bruno

    • Pour avoir vu l’échange sur Twitter, il ne m’a pas semblé voir de personne cherchant à asseoir les convictions comme des vérités absolues. Même si cet article est empli de bon sens il en ressort un arrière goût de règlement de compte.
      Surtout si l’on considère qu’aucun des partis ne semblent être des ayatollah hermétiques à telle ou telle pratique mais pronent au contraire un usage global et harmonieux de tous les modes à disposition et à venir. Il semblaient justement bien proche du fameux un peu de tout.
      Je ne viens pas là pour remettre la balle au centre car il n’y a visiblement pas eu le moindre match désiré.

  2. Rétroliens : Service, loisir… – RadioBXI

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