Service, loisir…

Richard, F4CZV, m’a fait le plaisir d’écrire un billet en commentaire de mon article précédent « Extrémisme, sens et pertinence… » J’ai commencé par écrire un commentaire pour le remercier et amender ses propres remarques, mais c’était bien trop long. De plus, il m’a semblé que cela pourrait nécessiter une meilleure exposition, ne serait-ce que pour susciter les commentaires de la communauté, très chiche par ailleurs sur ces sujets comme je l’explique ci-dessous. Voici mon commentaire du billet de Richard, F4CZV :

« Merci d’avoir publié ce long billet en commentaire au mien afin de donner votre position. Il devrait y avoir, que ce soit en billets ou commentaires, beaucoup plus de réactions. Mais elles sont au niveau de l’intérêt que porte la communauté à ce genre de ‘pensées’. Car, comme vous le dites, c’est un loisir, alors « qu’on ne nous fasse pas suer avec des considérations intellectuelles, nous, on veut prendre du plaisir et s’amuser », c’est d’ailleurs le genre de phrase que l’on m’assène souvent, en direct, en commentaire ou sur les réseaux sociaux.

Et c’est pour cette raison essentielle — même si je suis en accord avec la quasi totalité de votre propos dans ce billet — que je ne veux pas utiliser ce terme de ‘loisir’ pour qualifier notre activité. Bien entendu, c’est un loisir, car nous l’effectuons à titre bénévole sur notre temps libre, et cette définition correspond très bien. Nous pourrions nous arrêter là et chacun de retourner chez lui heureux et serein de trouver une telle unanimité dans le consensus.

Mais si j’ai rappelé la définition du service amateur, c’est aussi pour cette notion de ‘service’. Le Service Amateur n’est pas n’importe quel ‘loisir’. C’est un service qui dépend d’une entité internationale en matière de radiocommunications, dépendant elle-même de l’ONU. C’est une activité ‘de loisir’ qui demande de passer un examen et la délivrance d’une autorisation administrative d’exploitation (c’est l’indicatif aujourd’hui puisqu’il n’y a plus, ni licence, ni paiement de taxe d’exploitation). C’est aussi la seule activité de ‘loisir’ qui permet d’utiliser du matériel de construction personnelle ne nécessitant aucune homologation sur des fréquences radio. C’est une activité ‘de loisir’ dont un pratiquant et sa station peuvent être réquisitionnés par les autorités en cas de besoin. Cela fait beaucoup pour une ‘simple’ activité de ‘loisir’.

C’est la ‘petite’ précision que je voulais ajouter à votre position.

Bien entendu, je suis aussi d’accord sur ‘l’auberge espagnole’. C’est d’ailleurs ce qu’est le radio-amateurisme depuis ses débuts. Tout le monde est accepté et est le bienvenu dans toute la diversité que comporte notre activité. Et les règles concernent tout le monde.

En vous remerciant encore pour votre avis et vos remarques.« 

C’est le commentaire que je voulais poster et il est ainsi publié ici car je vais aussi ajouter mes remarques aux remarques. Car en dehors de la béatitude et le béni oui-ouisme ambiant, il y a des réalités de terrain qui devraient nous ramener à un peu plus de réalisme, de pragmatisme.

Aujourd’hui, malgré tous les signes ultra positifs donnés par la communication émérite des associations radioamateurs des USA, UK, ON, … qui recrutent à tour de bras des masses importantes de nouveaux radioamateurs grâce à leur structure de licence, qui ‘foundation’, qui ‘technician’, qui ‘de base’, qui ‘novice’, facilité dorénavant par des examens à distance où il n’y a apparemment jamais eu autant de personnes intéressées, malgré tout cela donc, le monde radioamateur est à l’agonie. Certes, les différentes associations centenaires et quasi, ont suffisamment de deniers et de ressources de côté pour tenir la maison encore quelques temps. Mais comme déjà indiqué plusieurs fois, et cet épisode viral n’a fait que débuter l’hémorragie, de plus en plus de baby boomers — qui constituent un effectif très important de l’activité — vont disparaitre à l’horizon 2030 – 2050. C’est pour cette raison que les différentes associations essaient par tous les moyens de recruter d’une manière globale mais aussi, de recruter ‘du jeune’. Car j’ai aussi déjà écrit à ce sujet, notamment sur les UK qui se posent toujours la question à laquelle ils n’ont toujours pas répondu : comment faire pour intéresser des jeunes au radio-amateurisme ?

Si les USA ont été les premiers à attaquer le ‘marché’ du hacker/maker/doityourselfer, et que les UK surfent sur la politique STEM de leur système éducatif (ils ont créé le Raspberry Pi pour ça), tous les autres pays — aujourd’hui en tous cas, et enfin diraient les mauvaises langues —  ont bien compris où se trouvaient le vivier de jeunes. Pas pour rien que les DL ont couplé 3 années de suite leur plus grand salon européen avec une Maker Faire.

Et quand on veut recruter il faut s’assurer que ce que l’on propose satisfasse les cibles. Or, aujourd’hui, depuis longtemps et pour un bout de temps encore, probablement jusqu’à ce qu’il soit trop tard, aucune de ces belles associations ne bouge quant aux plats proposés. Certes, comme dans tout bon restaurant, on met en avant ce qui se fait de mieux, ce qui se traduit par les communications en cas d’urgence pour les USA, l’informatique/numérique pour les UK, on y ajoute force SDR, ordinateurs et operating systems dans tous les sens, du code, du code et encore du code, le tout enrubanné d’open source, de xxxlab, autre fabyyy.

Mais au bout du compte, dans les revues et bulletins associatifs que trouve-t-on encore et toujours : des annonces sur la galette Tartempion, l’activation pour le championnat du monde de lancé de saucisses, indicatif spécial pour la célébration des 50 ans du PSG (véridique !) et cerise sur le gâteau, par une association ‘nationale’ qui se présente régulièrement devant notre administration de tutelle, le diplôme du COVID-19 !

Tout cela part probablement de ‘bons sentiments’. Malheureusement, on ne dirige pas une activité comme la notre avec des ‘bons sentiments’ mais plutôt par de l’ambition, de la volonté, de l’intelligence, de l’innovation, de l’inventivité à défaut d’invention, de la créativité.

Une image supplémentaire que notre monde radioamateur est à l’agonie ?

L’ARRL publie dorénavant 3 magazines pour les radioamateurs, ce qui correspond au nombre et niveau de leurs licences : Technician > On The Air, le magazine du grand débutant ; General > QST, le magazine du radioamateur moyen ; Extra > QEX, le magazine de l’expérimentateur pour radioamateur expérimenté. Quand vous avez 3 magazines qui s’adressent à 3 populations distincts qui ne devraient faire qu’une, c’est que vous avez raté un épisode. En terme marketing, c’est lumineux, génial, top, super ! En terme de cohésion de groupe et d’évolution, ça va être difficile de trouver les liens communs… qui devraient être tout simplement… la radio !

À mon sens, il serait plus pertinent et cohérent d’avoir une seule revue. Par essence, celle considérée la plus ‘technique’. Et que cette revue propose dans son contenu, des articles, quitte à les séparer distinctement, de 3 niveaux différents. Ceci permettrait aux curieux d’être plus facilement attirés par les pages sensées ne pas leur ‘correspondre’ et leur donner le virus pour aller plus loin et donc, évoluer et faire grandir leurs connaissances, ce qui est le seul objectif de la définition du Service Amateur !

Il est fort probable que pour beaucoup de lecteurs toutes ces réflexions ne soient que ‘prise de tête’ et pour cela, je renvoie souvent à cet extrait où Alexandre Astier dit ce qu’il pense de la télé-réalité. Tout se passe au début de la vidéo.

Et pour terminer, car je crois que Richard, F4CZV, aime bien aussi les citations, en voici une qui résume parfaitement mon propos du début de ce billet :

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »  Albert Camus.

Billet de F4CZV
Site de F4CZV

Images : ITU, Côté 2014, slate.fr

Une réponse à “Service, loisir…”

  1. Bonjour,

    Mais si, le radio-amateurisme est bien devenu un loisir presque comme un autre et il sert de moteur à différents petits commerces. Tout comme le vélo, le snowboard ou le golf. Étonnant qu’il n’y ait pas encore un rayon « radioamateur » chez Decathlon.

    Mon éducation radioamateur est celle de l’ancien temps, époque où le radio-amateurisme était bien un Service officiel et considéré comme tel. Alors, lorsqu’il m’arrive encore, rarement il est vrai, de devoir expliquer en trois mots ce qu’est le radio-amateurisme, je me contente de ceci :
    C’est une activité « personnelle, bénévole, et réglementée. » ©

    Tout de même, quand on voit ce qui traine sur le Web comme définitions pour le radio-amateurisme et les radioamateurs, on n’a pas de quoi être fiers de notre image actuelle.

    Cordialement,
    Francis, F6AWN
    24 mai 2020

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