Les jeunes et le radio-amateurisme : après le UK, les USA…

pokemongo_hamradioIl y a quelques jours, l’ARRL annonçait fièrement la possibilité d’un nouveau de record de recrutement dans cette annonce. Avec 30 000 nouvelles recrues, les USA peuvent être effectivement fiers de leurs programmes.

Cette info, passée sur Twitter, n’a pas manqué de faire réagir parmi les radioamateurs français (un seul, on est au mois d’août…) qui interpellait le REF (@ref_info) en lui demandant combien de nouveaux radioamateurs chez nous, en France ?

Le débat sur la quantité a déjà eu lieu à maintes reprises, que ce soit sur radioamateur.org ou chez Bernie, F6HQY. Et comme souvent, c’est un faux débat. Le seul objectif que nous devrions tous avoir, radio-clubs formateurs et associations en tête, serait de pouvoir former assez de personnes pour, à minima, équilibrer les pertes par décès et abandon, et un peu plus pour qu’il y ait un renouvellement régulier.

Je suis conscient de faire hurler dans certains shacks populistes, mais si l’on regarde l’histoire du radio-amateurisme français et son évolution, nous retrouvons une situation de recrutement et du nombre de radioamateurs que nous avions avant la ‘folie’ des communications libres des années 80. Comme la source s’est tarie depuis longtemps, le recrutement n’est pas aussi élevé de nos jours et il rejoint ce qui était normal auparavant. L’anormalité a été cette période faste entre le début des années 80 et la fin des années 90. À l’arrivée de l’ADSL grand public en 1999/2000, les fervents de communication plus que de radio ont switché vers Internet. On le voit d’ailleurs assez bien dans une étude réalisée par David, F1JXQ de Passion-Radio.org sur les Statistiques radioamateurs de 1997 à 2015.

Ceci dit, le débat sur la quantité de recrutement a encore de beaux jours devant lui. Pour ma part, en toute sincérité et sans vouloir polémiquer à l’extrême, je ne crois pas, en France, à un recrutement de masse. Nous avons déjà eu des expériences en proposant des accès plus faciles comme les licences FA, FB et F0. Bien entendu, elles ont toutes leurs qualités et défauts, et on peut les affubler de tous les maux pour justifier qu’elles n’ont pas eu le succès qu’on leur prêtait à l’époque : recruter en nombre ! Mais les faits sont là et têtus : le radio-amateurisme, en France, n’est pas une activité de masse.

Le débat pourrait continuer par : doit-on transformer définitivement une activité scientifique et technique en loisir de communication de masse — on n’en est pas très loin pour les optimistes et nous avons déjà dépassé le point de non retour pour les pessimistes.

Mais cela ne règle pas un point, que j’exposais déjà dans ce billet, et dans deux autres, ici et et qui concerne le recrutement de jeunes. Le résumé de ces billets concernant essentiellement le Royaume-Uni, est le fait que malgré leurs 80 000 licences potentielles (dont un ‘certain nombre’ en double et en triple pour lesquelles l’Ofcom n’a toujours pas fait le ménage), les instances de la RSGB et de l’Ofcom se demandent toujours comment intéresser les jeunes et une fois fait, comment pérenniser leur intérêt.

Ce qui rejoint nos camarades USiens de l’ARRL qui, déjà dans le billet indiqué plus haut, soulignent que : « Bien que je sois très heureuse de cette perspective, je suis tout à fait consciente que, sans accompagnement, la curiosité et le charme  initial peut vite s’estomper s’ils ne trafiquent pas de suite », indique Maria Somma, AB1FM, ARRL VEC Manager. « Montrons à ces nouveaux radioamateurs ce qu’est la magie des ondes », encourage-t-elle.

La veille de ce billet, l’association des radioamateurs américains rappelait à ses membres l’existence d’un sondage sur les jeunes dans les concours radioamateurs. Fin Juillet, l’ARRL avait déjà pris le Pikachu au rebond en nous sortant un très sérieux éditorial sur la relation entre les jeux vidéos et les concours radioamateurs. L’auteur est le Marketing Manager de l’ARRL, ceci expliquant sans doute cela.

Revenons à ce sondage qui posent des questions sur le comment on en vient à pratiquer les concours, avec la traduction de la fin juste pour le plaisir : « Pour les participants aux concours radioamateurs (Radiosport), cela leur procure un frisson comparable aux montagnes russes, aux jeux vidéos ou à la chasse au gros gibier. Vous voyez l’idée, là — il y a juste un « truc spécial » à contacter un grand nombre d’autres personnes autour du monde aussi vite que possible, ou parler à quelqu’un (comme vous, dans une station comme la  votre) aux antipodes. Le tout sans utiliser une infrastructure géante ou une énorme somme d’argent. » Vous pouvez voir les résultats temporaires de ce sondage ici.

Après avoir exploité les communications d’urgence à  la suite de l’ouragan Katrina en 2005, puis pris la foulée du phénomène Maker en 2009 avec une vidéo sur le DIY radioamateur en 2011, voilà que l’ARRL prend la vague des jeux vidéos comme le phénomène Pokemon Go pour recruter toujours de nouveaux radioamateurs. Heureusement, au-delà du marketing, des radioamateurs se posent toujours les bonnes questions aux USA.

Et chez nous, si au lieu de responsables de la communication et/ou de la promotion, nous avions besoin d’un vrai Directeur Marketing au REF ? Quelqu’un dont c’est le métier pas quelqu’un qui aurait lu le Marketing pour les Nul en un week-end… On peut toujours rêver, c’est les vacances…

 

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6 réponses à Les jeunes et le radio-amateurisme : après le UK, les USA…

  1. F-20804 dit :

    Bonjour Philippe,

    Merci pour cet article fort intéressant.

    Je retourne dans les darknets (TOR, Freenet..) pour faire la promotion du radio amateurisme auprès des jeunes bidouilleurs.

    73 qro

    Vincent

  2. fil dit :

    Article intéressant même pour le… simple « amateur de radio » (non certifié) que je suis (mais je vous écoute assidument)…

    Epoque difficile pour la radio avec l’arrivée de nouvelles technologies qui au lieu d’être des compléments d’expérimentation tuent les fondamentaux.
    Si les nombreux OM qui font de la « pseudo radio » – portatif en numérique à 3 m d’un DV4 – Internet – DV4 à 3 m d’un portatif en numérique – passaient autant de temps en direct ou via relais en analogique, les bandes UHF et VHF seraient moins mortes en analogique et parler de ROS (pas du logiciel de José-Alberto, hi !), de ligne coaxiale et d’autres choses liées aux ondes aurait encore un sens.
    La prochaine étape étant de supprimer les deux portatifs à chaque bout et d’utiliser la carte son e/s des PC directement comme interface de communication.
    Exit les portatifs et les quelques mètres de liaison radio (pour se rassurer et dire que l’on fait encore de la radio il restera le micro-casque Bluetooth, hi)…
    Là, sera inventé le radioamateurisme avec passage de certificat et paiement de redevance pour parler entre initiés via PC et Internet (sans radio), mais initiés de quoi ?
    Le numérique fait partie de notre époque, c’est une voie qui doit être expérimentée, bien sur, mais cela ne doit pas faire oublier les bases.
    A trop s’éloigner des liaisons radioélectriques, le radioamateurisme ne présente plus aucune originalité, plus aucune magie pour les jeunes (qui trouvent mieux via les messageries et réseaux sociaux sans passer un examen ni payer une redevance) et finira par se faire bouffer les bandes qui lui sont allouées (ce qui a déjà commencé par le haut tout en récupérant des miettes en bas).

    A mon humble avis de « rien du tout », l’avenir du RA n’est pas rose, tout du moins dans notre beau pays.

    Bons QSO à tous et bonne chance cousins radioamateurs, 73…

  3. F4ilx dit :

    Si certains trouvent du fun avec de l’interconnexion en mode digital, pourquoi les juger ?

    Il y a plein de choses à faire dans ce domaine. Je l’apprécie et grâce au Dstar je suis ravi de pouvoir faire des QSOs à travers le monde avec.

    Le hobby est vaste, et chacun peut y trouver son plaisir, à moins que critiquer apporte un plaisir supérieur… Mais là il faut consulter HI

    Cordiales 73s

    • F8BXI dit :

      Bonjour Thomas,

      Je suppose que vous répondez à l’intervention de Fil sur le numérique ?

      Si je peux donner mon avis, à la fois sur le message de Fil et sur votre réponse, je dirais qu’il n’y a aucun soucis, aucun mal, à tester de nouvelles technologies, à les mettre en œuvre et à se faire un avis sur la qualité technique de telle ou telle installation.

      Ce que je pense comprendre de Fil, c’est sa crainte que le radio-amateurisme, avec l’avènement du numérique et du matériel tout prêt disponible à foison et bon marché , s’éloigne de sa définition.

      Pour ne pas alourdir cette réponse, la définition se trouve au menu « À propos » de ce site.

      Et pour rappel, l’objet du radio-amateurisme est l’intérêt pour la radioélectricité. Or, à partir du moment où il faut un élément filaire pour établir une communication, ce n’est plus de la radioélectricité.

      Si nous mettions en place des infrastructures entièrement numériques qui remplacent celles analogiques sans besoin d’une interconnexion tierce (Internet ou autre réseau filaire), nous respecterions la définition du service amateur.

      Réaliser un QSO avec un appareil qui se connecte en local à un routeur informatique interconnecté à Internet, ce n’est plus de la radio. On peut prendre du plaisir, s’amuser comme on veut, mais cela ne sera toujours pas de la radio.

      Personnellement, je trouve cela sympa de pouvoir se connecter à un relais avec un petit portable (j’ai du D-STAR et du DMR) et de pouvoir contacter des personnes à des distances plus grandes que la couverture du relais ; que cela peut avoir une utilité dans le domaine des communications d’urgence, ou pour la formation à distance avec des moyens en partie amateurs…

      Mais cela ne peut pas être « l’avenir » du radio-amateurisme. Ou alors il faudra en changer sa définition. Et cela n’est pas pour tout de suite… ;-)

      C’est dans ce sens que je voulais répondre à votre post ici :

      http://f4ilx.blogspot.fr/2016/10/cest-internet-ce-nest-pas-de-la-radio.html

      mais je n’en ai pas encore eu le temps, et surtout, je n’avais pas trouvé l’angle de ma réponse :-)

      73,
      Philippe

  4. Ping : Licence Novice : la France n’est plus seule… | RadioBXI

  5. yann dit :

    bonjour
    Si il y a moins de ,radioamateurs en France la responsabilité en revient peut ètre aux radioamateurs de l’époque qui avais la  » vérité »et avais une mentalité de restez entre soi et de non ouverture et de sectarisme.
    Maintenant ils faut rattrapé le retard, il faudrait aux REFun service marketing/ promotions pour recruté.
    De mon coté j’ai toujours une feuille à donner qui explique ce qu’est le radioamateurisme et des adresses internet.
    Yann f4cwp /75

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