Formation durable au certificat d’opérateur du service amateur

En ces temps où l’écologie nous apprend à consommer bio, à trier nos déchets et à construire durablement, il semble intéressant d’adapter cette démarche à notre activité. Plus particulièrement, à la formation. D’après ce que je lis sur différents forums ou au travers d’échanges sur les réseaux sociaux, il y aurait ‘urgence’ à faire passer des examens car notre activité serait ‘en péril’.

Je ne reviens pas sur cette dernière remarque qui est une opinion qui demanderait un développement long et sujet à débat, mais le seul fait de coupler l’argument ‘urgence’ avec ‘passage de l’examen’ aboutit à une notion de ‘vitesse’. Il faudrait donc former ‘vite’ des personnes qui grossiraient nos rangs aussi vite, ceci pouvant nous donner bonne conscience sur notre devenir.

J’ai déjà montré ce phénomène dans des billets comme ici par exemple pour ce qui est du plus récent. J’ai même pu voir que ce que j’écrivais dans ce billet-ci  avait pu inspirer quelques jeunes OM à prendre leur bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole dans les salons, radio-clubs et sites personnels.

Mais il ne me semble pas avoir développé le fond sur la formation.

L’expérience montre pourtant assez souvent que de réagir à un constat qui n’est pas forcément juste amène à mettre en place des solutions qui n’aboutissent pas forcément à un résultat pérenne. Surtout si on a en tête une ‘urgence’ auto-proclamée et que la mise en place ‘doit être rapide’.

Il n’est pas question ici de critiquer les éléments factuels existants comme base de formation, c’est à dire les cours et/ou logiciels permettant de réviser pour passer l’examen. Ces formations, et leurs concepteurs, sont plutôt à louer car s’il y a 20 ans on trouvait encore de nombreux livres de formation, autant sur la partie règlementaire que sur la partie technique, il faut avouer aujourd’hui qu’il y a en a peu qui concernent ces sujets. Les bases techniques n’ayant pas beaucoup bougé, on peut encore faire appel à quelques anciens bouquins mais sur la partie règlementaire, on ne trouve plus grand chose mis à part ce qui est réalisé brillamment par des radio-clubs. Ce sont des outils. Et comme tout outil, c’est l’adéquation de son utilisation avec l’objectif à atteindre qui en fait l’intérêt.

Plus que sur la forme, c’est sur le fond, la méthode, sur l’esprit de la formation qu’il serait intéressant d’avoir une approche différente.

Il semble, toujours d’après diverses lectures et discussions, que l’on voit la formation comme le passage obligé vers le certificat d’opérateur ; un pensum, un ‘truc chiant’, une obligation que d’aucun jugerait comme d’un autre temps et qu’il faudrait presque, pour d’autres, supprimer cet examen ou le transformer suffisamment pour qu’il ne soit plus qu’un mauvais souvenir et permette d’obtenir le sésame toujours plus vite. En pensant que plus on ira vite, plus on formera de gens, plus on sauvera une activité qui est basée sur la… lenteur ! Car si on juge la formation à l’aune de la durée d’une carrière de radioamateur, elle devrait durer toute sa vie… Et non pas le temps d’un apprentissage à marche forcée.

On se demande par quel phénomène — autre que le clientélisme associatif et le bénéfice commercial — un délai de formation dans les années 60, 70, 80, de plusieurs mois, voir années, se transformerait en une formalité réduite à quelques jours ou semaines de bachotage ? Certes, le monde a changé, les exigences de l’examen aussi, mais les lois fondamentales de la physique, elles, n’ont pas bougé : la loi d’Ohm, Kirchhoff, Thévenin, Norton, les équations de Maxwell, etc, c’est toujours la même chose. La partie réglementation a changé mais assez peu dans les fondamentaux qu’il faut connaitre : alphabet international, limites de bandes, modulations, sont toujours au programme. Et cela ne s’apprend pas plus vite qu’il y a 40 ans.

Il me semble que l’on parte trop souvent sur le principe que plus vite on a formé quelqu’un, plus vite il est radioamateur, plus vite on aura ajouté du nombre au cheptel sans imaginer les conséquences. Et puis on doit aussi se dire qu’une fois l’examen obtenu, l’impétrant aura toute sa vie pour se former. Et il me semble que c’est bien là la courte-vue à ne pas adopter. Il me semble que c’est au moment de la formation que le formateur, tout en lui donnant les bases, donnera aussi le goût au candidat de continuer à se former, seul ou en groupe, tout au long de sa carrière. Et se faisant, il pourra à son tour former d’autres candidats avec le même esprit d’apprentissage et d’auto-formation.

Un principe intéressant pour entamer une réflexion est de prendre le contrepied de la pensée dominante. Par exemple, la licence Novice est réclamée par une grande majorité ? Alors posons-nous la question de faire sans et de faire avec ce que l’on a. Tout le monde pense qu’on serait plus fort si l’on était plus nombreux ? Alors posons-nous la question de ce qu’est le nombre, de ce qu’il nous apporte ou pas et s’il n’y aurait pas une vision moins quantitative et plus qualitative de voir l’essor de notre activité. Sachant que l’un ne s’oppose pas à l’autre et que promouvoir la qualité, l’homogénéité, ne serait qu’un plus évident pour la quantité. Qui voudrait rejoindre une communauté formée à la va vite où ceux arrivés précédemment ne pourrait former et guider les nouveaux entrants ? La qualité attire tout un chacun. Et tendre vers la qualité n’est pas synonyme d’élitisme mais plutôt une aspiration personnelle à tendre vers un état autonome et contrôlé de ses activités.

Il existe une certaine analogie avec l’alimentation, la diététique, la nutrition, qui veut que le corps se souvient mieux de ce qu’il mange quand il le mange lentement. Manger lentement permet d’arriver à la satiété ce qui donne le signal au cerveau d’arrêter de réclamer et de facto, de ne pas prendre de poids. À contrario, manger vite ne permet pas au cerveau d’enregistrer que l’on est arrivé à l’état rassasié et donc de continuer à réclamer alors que l’on a peut être déjà trop mangé, ce qui conduit à l’embonpoint, voir l’obésité.

Dans l’histoire du radio-amateurisme français, des solutions de formations rapides ont été tentées. Dans les années 90, une association proposait une formation en une semaine et passage du certificat dans la foulée. Avec le recul, si cette solution en était vraiment une, cela serait déployé partout et les chiffres ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui.

Alors, quel serait l’intérêt d’aller lentement dans la formation ? Quel serait l’avantage de prendre son temps pour se former, avec à l’esprit non pas les questions de l’examen pour unique horizon mais sa carrière de radioamateur ?

Si l’analogie alimentaire peut s’appliquer, apprendre lentement aura pour effet d’avoir le temps de digérer les quelques notions de bases que requiert notre activité afin de les maitriser car elles auront une grande utilité lorsque, certificat en poche, on s’attachera à continuer l’apprentissage par la pratique. Alors que le pendant ‘fast food’ de la formation aura lui pour effet ce que l’on constate dans les forums et réseaux sociaux : des questions inutiles, des réponses qui sont dans les livres, des questions auxquelles on peut répondre soi-même avec un peu de réflexion et de recherche.

Il me semble naturel qu’une bonne formation, complète, aussi bien destinée au passage de l’examen qu’à pouvoir ensuite assumer une carrière radioamateur en toute autonomie, devrait demander à minima une année scolaire. Une formation adaptée à cet espace temps conduira immanquablement, avec un objectif final orienté examen, à l’obtention de ce dernier haut la main. Il semble évident que si le candidat est issue d’une formation scolaire technique ou d’ingénieur, il aura plus de ‘facilité’ à se former dans l’optique de l’examen radioamateur. Mais pour quelqu’un qui n’a pas une base scolaire suffisante, d’un domaine totalement différent ou pour qui les études sont très loin, du temps sera nécessaire pour se former et se donner le goût de continuer à apprendre. 

Un avantage important dont j’ai pu esquisser le sujet dans d’autres billets, est l’évidence du taux de réussite : il sera d’autant plus important que la durée de la formation aura été adaptée non pas au seul examen, mais à une formation avec pour objectif de comprendre ce que l’on apprend. Quand on regarde les derniers chiffres rapportés par le REF dans ce message, on voit — qu’en dehors de la tentative  de nous faire croire qu’il y a du mieux — que le taux de réussite à l’examen est toujours aussi catastrophique ! Comment peut-on croire qu’on améliorera la venue de nouveaux, et surtout la pérennité de ceux qui sont passés, avec une formation qui ne permet pas d’assurer mieux que 66% de taux de réussite ?!

Nous avions démontré il y a déjà de nombreuses années dans le Newsgroup fr.rec.radio.amateur puis sur Radioamateur.org et d’autres forums, que plus la difficulté de l’examen était grande, meilleur était le taux de réussite. Et chiffres à l’appui, lorsque l’examen de lecture au son de télégraphie existait encore, le taux de réussite le meilleur était chez les licenciés Classe 1, puis chez les Classe 2 et le moins bon taux pour les Classe 3. Et pour avoir beaucoup participé au début des années 2000 aux préparations à des formations, ce n’est pas le seul niveau des candidats à la classe 3 qui était en cause mais bien l’impréparation due à la prétendue facilité du niveau de cet examen ‘novice’ !

Alors, que les formateurs prennent leur temps — ce sont eux qui imposent dans leurs cours le délai de formation —, que les formés prennent aussi leur temps. Ceci sera tout aussi bénéfique pour les deux parties, et in fine, à la communauté tout entière.

Ensuite, vous aurez toutes les clés en main pour aborder une carrière radioamateur pleine de découvertes, d’enrichissement intellectuel et technique, le tout dans un environnement d’autant plus amical et cohérent qu’il tendra à établir à terme une communauté équilibrée autour de méthodes semblables qui passeraient notamment par une formation solide et pérenne.

Bonne formation à tous !

PS : Et encore une fois, pour se former seul ou en radio-clubs, je préconise fortement le livre d’Olivier Pilloud, HB9CEM, « LE RADIOAMATEUR » 4ème édition. Il est sans doute un peu cher mais il vous servira aussi de référence après l’examen et cette dernière édition est revue et corrigée. À conserver près de soi et à consulter quand on est perdu dans un sujet.

 

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